Comment Venise déjoua les dernières volontés du condottiere Bartolomeo Colleoni

Sur le campo Santi Giovanni e Paolo à Venise se dresse une statue équestre représentant un personnage à l’allure fière et triomphante. Il s’agit du célèbre condottiere, Bartolomeo Colleoni, né en 1400 à Solza, près de Bergame.

La statue équestre de Bartolomeo Colleoni

Au moyen-âge, les condottieri, les chefs de mercenaires, apparurent en Italie où les cités-Etat, en situation de tension constante et de lutte pour préserver leur indépendance, devaient faire appel à des mercenaires pour protéger leur terre.

A l’image des autres villes italiennes, Venise engagea des condottieri pour défendre ses territoires en terre ferme, et il y en a un qui s’illustra particulièrement par ses hauts faits guerriers : Bartolomeo Colleoni. Colleoni fut  tantôt au service de Milan, tantôt de Venise, au gré des contrats les plus offrants. Cependant, dans les années 1450, Venise parvint à se l’attacher exclusivement en échange d’importantes sommes allouées et de diverses seigneuries dans la région de Bergame.

A sa mort en 1475, Colleoni avait amassé une immense fortune qu’il choisit de léguer en partie à la Sérénissime. Seule condition : Venise devait ériger un monument à sa gloire sur la Piazza « devant San Marco ». La ville ne pouvait consentir à honorer cette demande, se refusant de célébrer la gloire personnelle de quiconque sur la fameuse Piazza San Marco, le cœur de la cité. Ainsi, Venise contourna la difficulté en lui dressant une statue sur le campo Santi Giovanni e Paolo, devant la scuola San Marco ! Néanmoins, Venise choisit deux sculpteurs talentueux pour réaliser la statue : le sculpteur florentin Andrea del Verrocchio et Alessandro Leopardi.

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La scuola San Marco
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Le Campo Santi Giovanni e Paolo

André Suarès fait le portrait suivant de la statue de Colleoni dans son ouvrage Voyage du condottiere, paru en 1910 :

Colleone est amer. Il a l’air du mépris, qui est le plus impitoyable des sentiments. Il tourne le dos, avec une violence roide et tranchante comme le Z de l’éclair ; il fend le siècle, repoussant la foule d’un terrible coup de coude. On a bien fait de le mettre sur une place solitaire. Sa bouche d’homme insomnieux, qui a l’odeur de la fièvre, ses lèvres sèches que gerce l’haleine des longues veilles, et où le dégoût a jeté ses glacis, ne pourraient s’ouvrir que pour laisser tomber de hautains sarcasmes. Il n’y a rien de commun entre ce héros passionné, fier, croyant, d’une grâce aigüe dans la violence, et le troupeau médiocre qui bavarde à ses pieds, ni les Barbares qui lèvent leur nez pointu en sa présence. Il est seul de son espèce.

Sources :

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