L’odeur de l’Inde de Pier Paolo Pasolini

Récit de voyage
Pier Paolo Pasolini, L’odeur de l’Inde. Gallimard, collection Folio, 1962. Titre original : L’odore dell’India.

Couverture du livre

En 1961, Pasolini se rend pour la première fois en Inde avec Alberto Moravia et Elsa Morante afin d’assister à une commémoration du poète Tagore. Les trois amis vont parcourir l’Inde, indépendante depuis 1947 : Bombay, Calcutta, New Delhi, Bénarès… De cette traversée, l’auteur nous livre ses impressions et ses visions.

Pasolini  est en effet frappé par l’extrême misère du pays, par les corps décharnés et mutilés, par une cohue continue de taxis, de vaches et de foules.  C’est avec un regard parfois empli de naïveté qu’il nous raconte également ses rencontres avec des silhouettes fantasmagoriques lors de ses errances nocturnes.

De cette foule énorme, vêtue pratiquement de serviettes, émanait un sens de misère, d’indigence indicible : ils semblaient tous rescapés d’un tremblement de terre, et heureux d’en avoir réchappé, se contentant de quelques guenilles avec lesquelles ils auraient fui de leurs pitoyables lits détruits, de leurs masures minuscules.

Ainsi, dès le premier soir, Pasolini déambule aux alentours de son hôtel à Bombay, près de la Porte de l’Inde et y rencontre deux adolescents, Sundar et Sardar, tout deux plein de douceur et de grâce malgré leurs guenilles. En les quittant, le charme de l’Inde s’est déjà emparé de Pasolini :

Je les laisse, ému comme un imbécile. Quelque chose a déjà commencé.

En effet, contrastent avec l’extrême pauvreté et les visions effroyables les couleurs chatoyantes, le tourbillonnement de la vie, la douceur des Indiens. Une Inde à la fois grandiose et misérable.

Cette description de l’Inde est parfois comparée à Rome :

Il cherche fortune à Bombay, comme un jeune Calabrais peut le tenter à Rome.

D’ailleurs, ne découvre-t-il pas l’Inde comme il a découvert les banlieues de Rome, en déambulant seul ?

J’aimais bien marcher, tout seul, en silence, apprenant à connaître, pas à pas, ce nouveau monde, de la manière dont j’avais connu, en marchant tout seul, en silence, la banlieue de Rome : il y avait quelque chose d’analogue.

Peut-être que l’Inde décrite par Pasolini n’est-elle pas si différente des quartiers périphériques de Rome qu’il met en scène dans ses films (Accatone, Mamma Roma, La Ricotta) ou dans son roman Ragazzi di vita  ? Une Rome sauvage dans laquelle les pauvres s’entassent dans les borgate, les bidonvilles, et où la violence fait partie du quotidien de ce sous-prolétariat.


Je participe au challenge Italie : Il viaggio organisé par Eimelle.


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2 réflexions sur “L’odeur de l’Inde de Pier Paolo Pasolini

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