La tante d’Amérique de Leonardo Sciascia

Nouvelle.
Leonardo Sciascia, La tante d’Amérique. Gallimard, collection Folio, 2014. 84 p. Titre original : La zia d’America.

Couverture de La tante d'Amérique

La tante d’Amérique est une nouvelle extraite du recueil Les oncles de Sicile, publié en 1960. Dans un petit village de Sicile, en 1943, le jeune narrateur raconte les espoirs et les craintes des villageois qui attendent le départ des soldats allemands et l’arrivée des troupes américaines. Puis c’est la fin de la Seconde Guerre mondiale et débarque dans la famille du jeune garçon la tante d’Amérique tant attendue.

Cette nouvelle est une vraie petite merveille. Leonardo Sciascia mêle un épisode important de l’Histoire de la Sicile à des tranches de vie quotidienne dans un village d’Italie du Sud. Un village où les places sont désertées à l’heure de la sieste, quand le soleil cogne, où les jeunes italiens sont malicieux et débrouillard. Ainsi, le jeune narrateur et son ami Filippo échangent des amandes aux soldats contre des cigarettes qu’ils revendent ensuite à leur proche. L’auteur porte un regard humoristique sur les événements, à l’image des personnalités importantes  du village qui retournent leur veste et se montrent plein de zèle dès que les Américains font leur apparition :

Il me semblait beau que même Me Dagnino fût en train de crier de satisfaction, qu’il hurlât « Vive la République étoilée ! » comme, jadis, il avait crié du balcon de la gare : « Duce, notre vie t’appartient ! » Quand il y avait une fête Me Dagnino criait toujours.

C’est aussi un visage de la Sicile de cette époque que nous offre l’auteur.Une Sicile pauvre et démotivée dans laquelle il est difficile d’imaginer un avenir prometteur. Une Sicile en arrière plan, qui vit comme retirée du monde et des événements historiques qui s’y déroulent.

Nous avions l’impression que les Américains ne voulaient pas venir dans ce bourg tellement silencieux, tellement mort, qu’ils allaient l’encercler et le laisser comme ça, dans l’angoisse de l’attente : il leur suffisait de le regarder d’en haut, blanc et silencieux comme un cimetière.

Par opposition, l’Amérique apparaît comme la terre promise. Les Siciliens en rêvent, séduits par les récits de parents déjà installés en Amérique et par les colis envoyés.

En Amérique tout le monde travaille et devient riche.

Ainsi, lors des élections après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le narrateur se réjouit de lire ces inscriptions sur les murs du village :

« Vive l’Amérique, Vive la quarante-neuvième étoile » […] Je savais que la quarante-neuvième étoile serait la Sicile, le drapeau américain en avait quarante-huit, avec la Sicile quarante neuf: il y aurait moyen de devenir américain.

Après la victoire des chrétiens-démocrates de De Gasperi aux élections, la tante d’Amérique, celle qui a fait fortune à New York grâce à son store, son magasin, peut enfin débarquer sereinement avec sa famille dans son village natal. C’est pour elle l’occasion de distribuer quelques dollars, des vêtements, des objets américains. Mais surtout de faire étal de sa richesse bien plus que de faire preuve de générosité. Les malentendus vont s’accumuler rapidement entre les invités et la famille du protagoniste et le fossé creusé sera de plus en plus grand.

La déception de ma tante avait deux visages : nous, sa famille, nous n’étions pas morts de faim comme elle se le figurait en Amérique ; le bourg ne s’était pas amélioré comme elle l’avait espéré.


Je participe au challenge Italie : Il viaggio organisé par Eimelle.


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